Catégorie : Interview


Atomike – Interview et update
Par Joolz posté le Tuesday 20 December 2011

Le DA/graphiste/illustrateur de talent Mike Stefanini (aka Atomike) vient de mettre a jour son folio. Une interview réalisée par From Paris à été mise en ligne récemment.

Interview : “OCO”
Par moon posté le Monday 21 February 2011

Le 20 Février, la BD “Les peuples oubliés” est sortie en librairie.
Elle est éditée chez Paquet avec Julien Berteaux au scénario et illustrée par le talentueux Oco aka Lilian Coquillaud.

L’histoire en résumé :

1913 : Théophile Lansier, aviateur parti explorer la péninsule arabique, est recueilli par d’étranges femmes dans une cité oubliée gouvernée par la Reine de Saba. Il doit accepter un étrange marché : sa liberté contre la promesse d’aller chercher dans les ruines d’Angkor une mystérieuse carte qui protégera les habitantes de Saba contre la menace des guerriers Atlantes. Il sera accompagné dans sa mission par la belle et énigmatique princesse Sâada.

Oco est tout simplement génial dans son trait de crayon, dans ses mises en scène et dans son inventivité.

Son blog : http://oco-oco.blogspot.com
Son porfolio : http://oco.ultra-book.com

Ton parcours ?
Après un bac sti en arts appliqués, j’ai fait une année de BTS en multimédia sans réellement d’ambition. Ensuite, deux années de préparation aux Beaux-arts et une année de bande dessinée à l’école Pivaut à Nantes.

Tes influences ?
Nombreuses,… De sergio Toppi à Peter De Sève, en passant par les films d’animation de Hayao Miyazaki, Satoshi Kon, les peintures d’Ashley Wood, Daisuké Tstutsumi, le trait de Dave Mc Kean, Robert Valley, Carlos Nine… et bien d’autres encore.

Tes techniques préférées ?
Les mines de plomb, mine graphites, tout crayon bien gras qui dépassent les 2B, la gomme… la recherche de matière comme peut procurer le gesso….
Actuellement je travaille l’huile pour son agréable odeur qui me rappelle mon enfance et son incroyable pouvoir de résistance temporelle.
J’avais un peu délaissé la couleur, me laissant embarquer dans les noirs profonds du crayon à papier, mais j’y reviens en ce moment touchant à n’importe quels médiums pour arriver à mes fins….

Un petit mot pour donner envie d’acheter ta Bd à part le fait que c’est magnifique ?
Si ce n’est pas pour le dessin au moins pour l’histoire et la magnifique manière qu’a julien d’écrire de jolie choses…
sinon avec les longs mois d’hiver que l’on subit, lire une b.d où le protagoniste voyage seulement dans des pays chaud, ca réchauffe un peu son moral…

Tes projets après cette BD ?
Je suis actuellement en train de travailler avec une amie sur un projet d’illustration.
Au moment où je vous écris, on ne sait pas si ca sera une b.d ou juste un livre d’illustration…c’est tout neuf…
Sinon j’ai sympathisé avec 2 scénaristes, avec peut-être des choses aux cours de cette année et aussi l’idée de refaire un projet avec julien… A voir…

Tu reviendras ?
Oui je reviendrais, peut-être cette année, qui sait ?

Merci cher Oco ;)

MOEBIUS-TRANSE-FORME
Par ek333 posté le Monday 18 October 2010

Artskills a été convié par Marie-Hélène de chez Hopscotch, au vernissage de l’exposition MOEBIUS-TRANSE-FORME à la Fondation Cartier pour l’art contemporain suivi d’une rencontre avec Jean Giraud/Mœbius.

Tout commence par une visite guidée commentée par la commissaire d’exposition Leanne Sacramone. Leanne nous guide à travers une spirale d’œuvres qui se décline en 6 grandes zones.

• Le 1er espace décline les autoportraits de Mœbius: mise en scène de l’auteur, caricatures introspectives souvent teintées d’humour, que l’on retrouvera, entre autre, dans la série “Inside Mœbius”.
• Le 2ème espace est dédié à Blueberry: L’évolution du personnage est y flagrante. Les plus fidèles lecteurs pourront retrouver une des première planches, accompagnée du revolver ayant inspiré Gir.

• Le 3eme nous transporte dans l’univers d’Arzach. Sont ici présentés plusieurs planches où l’esthétique est directement lié aux techniques d’encrage (écoline, …). C’est d’ailleurs à travers Arzach (parfois nommé Harzach, Arzak) que le public découvre le nom de Mœbius.

• Le 4eme espace nous fait découvrir le “Major Grubert” et le monde qu’il a créé “Le Garage hermétique”. A noter la présentation d’un carnet inédit du Major, bloqué dans un bunker du Désert B et répondant aux questions métaphysiques de ses visiteurs.
• L’incal et son héros John Difool, détective notoire, occupe le 5eme espace. Cette collaboration entre Mœbius et Alexandre Jodorowsky a donné naissance à une œuvre qui a révolutionnée la SF en bd, en partie grâce au style appliqué pour “palier” des cadences infernales.
• Le dernier espace nous propose d’entrer dans “Le monde d’Edena” à travers les aventures de “Stel et Atan”. Le style se veut beaucoup plus travaillé (c’est d’ailleurs de cette série dont est tirée “La planète Encore”).

Ce parcours, ponctué de nombreuses anecdotes et interprétations sonores du monde de Mœbius, nous amène naturellement à découvrir la projection de “La planète Encore”, diffusée en exclusivité à La Fondation Cartier.

Ce court en 3D de 8min dans lequel Stel et Atan débarquent sur une planète déserte à la recherche d’un mystérieux signal, se conclue par une explosion organique, où se mêle la transe et la métamorphose. La poésie qui s’en dégage ne fait que renforcer le désir de voir enfin s’animer l’incroyable monde de Mœbius.
Produit par AngeleFine et Mœbius production avec le soutien de BUF Compagnie, cette animation serait d’ailleurs le teaser d’un long métrage, affaire à suivre !

La visite continue au sous-sol. A travers une multitude de toiles, de croquis, d’extraits, voir de carnets complets. Cet espace est celui de la transformation, de la métamorphose et des métaprocessus.

L’exemple le plus frappant est l’une des premières manifestations de la métamorphose chez Mœbius, une longue série de dessins baptisée “éclosion” datant de 1975 où tous les éléments de la transformation surprenante, trame de sa création, sont présents.

L’un des murs du sous-sol est totalement recouvert par d’immenses reproductions de planches en n&b exposées au centre,

répondant ainsi à la fresque du mur opposé, créé par une succession de toiles où le désert est invariablement présent (la méditation dans le désert, au même titre que le rêve, la transe, l’absorption de substances, … étant un des métaprocessus chers à Mœbius).

De nombreuses toiles sont à découvrir notamment les études pour le 5ème élément ou encore Abyss.

Le carnet original de “40 days dans le désert B” est juxtaposé à un autre carnet, inédit celui-ci, nommé “La faune de mars”, carnet de voyage et délire chimérique qui devrait être prochainement édité.

Il est aussi possible de visionner le film “METAMOEBIUS” réalisé par Damian Pettigrew, proto-documentaire dans lequel Jean Giraud/Mœbius se met en scène.

Le final de ce voyage protéiforme se conclut avec une rencontre inoubliable, Jean Giraud/Mœbius en personne !

Installé au dernier étage de la Fondation Cartier, il s’est prêté au jeu d’une interview/conversation avec plusieurs bloggueurs, dont voici la retranscription :

L’exposition prend le terme centrale de la transformation, quand on lit Gibson par exemple, où la transformation, la métamorphose ultime est l’évolution vers la machine, si vous aviez la possibilité de télécharger votre conscience sur l’ordinateur pour lui donner une existence éternelle, comme cela se fait dans le Neuromancien, le feriez-vous?

Je pense que la permutation vers la machine est fatale mais ce n’est qu’une phase, moi je vois beaucoup plus loin, je vois plutôt, comment-dire, une sorte de boucle, de mise en boucle, si on passe l’épreuve parce que l’alliance machine est létale. C’est le risque absolu avec en plus une sorte de dégradation, une pollution de la réalité.
Je pense que la seule voie de sortie valable par rapport à ça est une sorte de sublimation, de téléportation de la pensée chamanique dans un univers cyberpunk. Une sorte d’alliance, de retour et de fusion totale entre la pensée artificielle, sophistiquée et les principes du système nature mais revisité dans sa complexité réelle pas dans un espèce de folklore, … disons de surface.On a tendance a trop à voir la nature voir comme une fable, parce que les systèmes de perception frontaux sont insuffisants, incapables de mesurer la complexité la profondeur, presque quantique du phénomène de la vie, de la persistance des formes, de la génération de formes nouvelles dans un ordre “supportable”. Car il n’est pas question de chaos mais d’un ordre même si c’est un ordre incompréhensible, c’est un ordre quand même je pense … mais l’évolution implosive vers la machine la mutation génétique peut déboucher vers quelque chose de presque … babacool, d’une “babacoolitude” superlative (sourire) …
C’est ce que je crois en tout cas c’est la vision que j’ai eu, l’intuition que j’ai eu et malheureusement je n’ai pas eu la puissance créatrice de le mettre en œuvre. Quand j’avais commencé la série de Stel et Atan au jardin d’Edena, c’était mon projet, c’était un projet absolument grandiose, avec 300 volumes etc (rires) et puis la remise en boucle de toute une évolution, du concept de réalité, du rêve, de la création du monde, disons par l’artifice mais en opposition avec une création du monde bio … bio et équitable (rires)

Dans votre œuvre il y a une notion d’altérité où l’on se transforme pour aller à la rencontre de l’autre et mieux le comprendre …

Ce n’est pas entièrement ça car je ne suis pas aussi gentil que ça, d’autant plus que la plupart des trucs sur lesquels je travaille sont intuitifs, peu soumis à l’idéologie ni a un désir forcené d’être un bon garçon même si j’ai des phases, si j’ai été branché par moment par une espèce d’extase utopique. Je me laisse aller a toutes sortes d’intuitions et de penchants parfois coupables et quand c’est fini je fais le tri en essayant de voir où ça mène et … heu … c’était quoi la question (rires) ?

L’altérité

Oui l’altérité … Chez moi les transformations sont plutôt comme des incidents, des paniques sur la capacité que l’on a gardé une forme cohérente. Le fait que cela soit traduit par des transformations physiques est la façon la plus pratique de faire une métaphore sur la notion de raison, de rationalité, d’intelligence et de lucidité …

ah excusez-moi (Intermède téléphonique)
“[...] je suis avec une bandes de bloggeurs, tu verrais, ils me regardent avec une férocité insoutenable” (rires)

… Alors, oui, la forme et la modification de la forme, je la montre comme une panique, comme une agression, comme quelque chose qui n’est jamais voulu qui amène la perturbation … la peur … généralement c’est stressant, ce n’est pas quelque chose d’harmonieux et qui est vu comme amenant à une issue constructive.
Je ne suis pas du tout dans la perception traditionnelle de la métamorphose, comme dans Œdipe, où la métamorphose est toujours vu comme une sorte de mise en forme de la transformation générale de la vie, qui nous amène d’un age à un autre, d’une pensée à une autre. Je pense que cela correspond, d’une façon métaphorique, à la difficulté actuelle où l’on est, depuis l’avènement de la modernité, à définir la santé, la santé mentale par rapport à la création et aussi la fascination pour le lien qu’il peut y avoir entre instabilité mentale et créativité, entre art et conformité, transgression et beauté …
je pense que c’est des choses qui parcourt comme un fil rouge tout l’art contemporain et la personne qui a touché le plus fort cet aspect des choses est Dubuffet quand il a fait le manifeste sur l’art brut. C’est vraiment un pavé dans la mare puisque cela introduit l’idée que le dérèglement mentale peut coïncider avec le génie … disons créatif, c’est très troublant.
Je crois que beaucoup d’artistes contemporains miment la folie, que ce soit dans le domaine de l’art plastique, de la musique, même de la variété. Les postures de pseudo-démences sont fréquemment utilisées.
Je n’ai pas échappé à la chose puisque pour pouvoir transgresser les systèmes intégrés en moi, à mon insu par l’éducation, l’imitation etc … pour briser les serrures, les conditionnements j’ai été obligé … enfin je n’ai pas été obligé … si, j’ai été obligé d’aller à la rencontre d’aides avec des psychotropes, la première fois avec des champignons, puis de nombreuses années avec le canabis même si c’était d’une façon la plus technique possible et la moins auto-destructive. Pour ma génération en tout cas, les systèmes verrouillés étaient trop puissants pour être contournés pacifiquement ou briser sans violence.

Justement, le fait d’avoir arrêté ces substances a t-il profondément modifié votre approche de la création ?

Non pas du tout. Au fond le travail était fait, c’était … bon je reconnais qu’il y avait beaucoup de complaisances distractives à la fin. Sous couvert d’expériences ou de travail, c’était devenu un peu n’importe quoi. Pendant longtemps ce qui a été intéressant était de trouver la quantité de stimuli qui était bonne pour faire quelque chose et pas entaché de … disons ce qui détourne de la créativité, comment jouir de la sensation.
Au fond avec l’herbe on transforme en œuvre d’art le fait de s’arracher un poil du nez, il y a quelque chose qui ne va pas ou n’importe quoi d’autre, un morceau de pain devient comparable à un diner chez Troisgros (rires), les sensations sont amplifiés et les moments quel qu’ils soient prennent une valeur. Il y a peu une destruction d’une hiérarchie nécessaire dans la constitution de la beauté.

Vous aviez réussi à retrouver la même inspiration ?

Bien sur. on fait souvent référence à Carlos Castaneda, comme une espèce d’escroc qui pousse aux drogues mais ce n’est pas vrai. Des le 2eme bouquin, l’enseignement c’est le sevrage absolu, le travail est uniquement dans le mental et le rêve du cycle … la mise en place de … d’une sortie du corps … dans un espace qui n’est pas mystique, entaché de légende et superstition mais très sec, très conceptuel qui est vraiment très intéressant à un niveau d’hyperrationnalité de la conscience, d’analyse de la conscience.



Qu’est-ce qu’un heros pour vous en 2010 ?

hum je ne sais pas … Quand je regarde Blueberry, je n’ai pas l’impression qu’il se perfectionne mais c’est vrai qu’il a un destin. C’est un des premiers personnages de BD qui s’est mis a vieillir … J’ai même essayé de le montrer dans son comportement. Blueberry n’est pas un personnage facile, il est dans un monde de clichés.
Au fond ce qui me plait c’est plutôt de prendre des archétypes nouveaux et vierge. Par exemple le Major est intéressant car il n’est pas psychologique. C’est un modèle de comportement extrêmement passif, il se contente de errer d’endroit en endroit, ce qui fait l’évènement est ce qu’il voit, les lieux qu’il traverse … j’aime bien faire ça.
Avec Arzach c’est un peu pareil. Ceux sont des vecteurs qui permettent de bouger dans des espaces virtuels, traverser des situations en gardant beaucoup de disponibilités au dérapage, à l’inspiration, à la fantaisie, au caprice même, de façon à ne pas être prisonnier d’une intrigue, d’une cohérence.
Par contre, avec l’album que je vient de publier, je le ramène au bercail et le replonge dans un univers de causalité, rigoureux: que fait-il ? pourquoi ? ou je vais ? (rires) C’est assez marrant de faire ce renversement spectaculaire car ça fait aussi parti du travail d’un artiste sur le long court, d’offrir aux lecteurs une trajectoire qui soit un spectacle en soit.
Puisque au fond ce que j’ai inauguré avec Mœbius, c’est l’arrivé d’un nouveau héros qui est, non pas le personnage dessiné, mais le personnage qui dessine. C’est pour ça que je me suis souvent dessiné, c’est une sorte de signal que j’envoyais aux lecteurs mais aussi à moi-même pour dire attention, le véritable aventurier c’est l’artiste (rires). Mais pour moi c’est un signe de modernité, ce n’est pas l’expression d’un égo malade …

Merci pour tout.

L’exposition se déroule du 12 octobre 2010 au 13 mars 2011.
La fondation Cartier a lancé un blog où vous pouvez retrouver un dessin original chaque jour.

Interview : “SOEMONE”
Par Joolz posté le Friday 1 October 2010

Venu du graffiti, Pierre Doucin AKA SoemOne s’est imposé en peu de temps comme un graphiste français avec lequel il faut compter.
Cet autodidacte, qui plus jeune avait taté de la bombe et la photo argentique, a débuté avec le concours d’affiche de l’Original Festival, pour qui il avait réalisé le visuel de 2007.
Peu d’années après, grâce à un travail acharné et beaucoup de talent, sa liste de clients tout comme son audience ne cesse de grossir. En ligne, on croise souvent ses images déstructurées, colorées, dynamiques et modernes.

À l’occasion de la mise à jour récente de son folio, il a bien voulu répondre à quelques questions.

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

Salut Pierre, peux-tu te présenter brièvement ?
Bonjour à tous.
Je m’appelle Pierre Doucin aka SoemOne, 27 ans, freelance graphic designer depuis 2 ans. Je suis originaire de Bretagne et expatrié sur paris depuis 4 années maintenant.

Quelle est ta formation ? Comment et quand l’illustration et le graphisme sont entrés dans ta vie ?
Purement autodidacte.
J’ai découvert le graphisme par le biais du graffiti que je pratiquais depuis 10 ans à l’époque, j’avais un ami qui faisait quelques trucs sur photoshop, il m’a montré rapidement comment fonctionnait le logiciel dans ces grandes lignes. J’ai testé (chez un pote car j’avais pas d’ordinateur), et y ai vite pris goût, le rapport entre ce logiciel et le graffiti était assez proche je trouvais. Au début je faisais que des flyers & affiches, etc. Peu de temps après mes débuts, j’ai remporté un concours d’affiches pour un festival Hip Hop ” L’original festival”. Dans le cadre de ce festival, on m’a proposé de faire une expo, je ne comprenais pas trop ce qu’ils voulaient que j’expose “Mes Flys”! C’est en voyant les travaux des 2 autres participant que j’ai pris une claque et compris quelle genre de travaux ils voulait que j’expose. J’ai donc commencé à créer d’autres visuels et tout est parti de la, j’ai décidé d’en faire mon métier.

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

Tu travailles en tant que free-lance, comment fais-tu pour trouver du travail ? As-tu un réseau ?
Au fur et à mesure des années j’ai bien sûre construit mon petit réseau par le biais d’associations et d’agences. Je pense que c’est primordial dans ce travail de construire son propre réseau.
Mais en cette période qui est un peu délicate ce qui me fait vivre le plus en ce moment c’est le fait d’être représenté par un agent, elle s’occupe de me trouver des contrats avec les agences cela m’enlève une grosse charge de travail, c’est un luxe et je suis bien conscient de la chance qui m’a été donnée.
Sinon je reçois des propositions de tavail assez régulièrement que j’accepte ou refuse selon ce que l’on me propose. En effet dans certains cas, ces propositions sont à l’opposé de ce que je fais et je ne vois pas du tout ce que je pourrais apporter à ce projet.

Comment gères-tu la charge de travail assez aléatoire à laquelle les free-lances sont soumis ?
Au début c’était assez difficile de jongler entre des périodes de travail intense et des période de désert total.
Ca m’a amené beaucoup de questionnements et de périodes de stress.
A l’heure actuelle avec le temps, je prends ça avec pas mal de recul, et je croise les doigts car depuis quelque temps j’ai à peu près tout le temps quelque chose à faire.

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

D’où vient ton inspiration ? Pourrais-tu nous décrire ton processus de création, si tu en as un ?
Je ne sais pas si on peu parler d’inspiration réellement mais ce que je kiffe le plus ce sont souvent des artistes assez sombres. Je trouve qu’il y a une certaine énergie, une réflexion que je ne retrouve pas dans les choses plus légères. C’est assez étrange car mes illustrations ne sont pas forcement très noires et sombres, vous me direz. Cette partie de mon travail se retrouve plus dans mes photos. après je n’ai pas forcément de processus de créations précis et je n’espère jamais en avoir, la création est une liberté, si on commence à avoir des processus, règles etc. où va t’on?

As-tu l’angoisse de la page blanche ? Et si oui, comment gères-tu ?
Pour le travail bien sûr, car il y a la pression de la dealdine, souvent très courte, je pense que tout graphiste a ou connaîtra ça un jour c’est normal. L’angoisse de la page blanche vient pour ma part du fait d’être confronté à une problématique totalement opposée à ma façon de voir donc un questionnement plus long, ce qui n’est pas toujours bon. Mais au final avec le recul, c’est le moment qui fait le plus avancer aussi bien dans le professionnel et le personnel.

Quel est le projet dont tu es le plus fier et pourquoi ?
Je dirais Who’s Next car j’ai eu la direction artistique totale du projet, on m’a donné juste un thème général et j’ai dû développer, travailler l’univers, diriger le shoot photo, c’était très intéressant car normalement j’interviens plus à la fin de la chaîne pour mettre en forme les idées d’un DA, là j’ai dû créer l’univers, réfléchir à toutes les problématiques. ce qui m’a appris encore de nouvelles choses.

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

Oui, je trouve personnellement que c’est un de tes projets les plus aboutis.
J’imagine que l’on vient te trouver pour produire des images qui restent dans ton univers si particulier et personnel. Comment arrives-tu a te renouveler ?

Le renouvellement viens pour ma part d’une prise de recul sur mon tavail et peut être une lacitude d’utiliser les mêmes techniques, je ne suis pas une personne qui aime forcement rester sur ses acquis, se renouveler perpétuellement est important. Graphic designer est un travail qui peu devenir assez routinier si l’on fait toujours la même chose, créer de nouvelles techniques est stimulant je trouve.
Même si pendant cette période peut être déroutante elle aboutit toujours à du positif.

Quel sont tes outils de création privilégiés ?
Indéniablement “Mon 5D & Photoshop”

Pourrais-tu nous décrire une journée type de Soemone ?
Journée de travail bien sûr.
Réveil, douche, café clope, re-café mise en marche de l’ordi, petit son pour se mettre bien.
Ouverture des mails, lecture et réponses, petit tour voir les infos, début du taf, petite pause pour bouffer vers 13 ou 14H, re-boulot, travaille jusqu’à 19h30 – 20H00, ma copine rentre du taf, détente bouffe etc., reprise du taf si la période est speed.
Tout ça est parfois parsemé de briefing, d’entretien, en bref tout ce qui est la partie relationnelle du travail.

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

À quoi ressemble ton bureau ?
Le 3/4 du temps tu peux imaginer un gros bordel organisé de câble, d’appareils photo, de dossiers, de disques durs etc.
Et un ordi au milieu.

Tu viens d’un univers très hip-hop je crois, quelle est l’importance de la musique et de cette culture pour toi ?
Très hip hop, ohoh pas autant que ça. Je viens du graffiti, c’est souvent pour ça que l’on me catégorise là dedans. Mais c’est plus compliqué que ça, pour moi le graffiti et le hiphop ne veulent pas forcément dire la même chose. J’ai été réellement hip hop 3 ou 4 ans dans ma vie mais j’ai très vite évolué. Donc le hiphop dans ma vie n’est qu’une petite partie et n’en a pas une si grande importance.
En ce qui concerne la musique, c’est très simple je ne pourrais pas vivre sans.

As-tu des projets en cours ?
À l’heure où je te parle je sors d’une période faste de travail donc la c’est assez tranquille, mais bien sur que j’ai des projets, j’en ai toujours.
Bouger à New York prendre des vibes quelque temps, prendre plus de temps pour peindre, peut être faire une expo photos, mais ça c’est pas pour tout de suite

Interview : “PIERRE DOUCIN aka SOEMONE”

As tu des artistes favoris ?
Bien sur, mais c’est très vaste et ça va être en vrac vue que tu ne précises pas le genre :
Salvador Dalí, Mr Cartoon, Si Scott, Géricault, Marvin Gaye, Frank Miller, Alain Chabat, David La Chapelle, Mondino, Esteban Oriol, Usugrow, Nick Knight, Tim Richardson, je m’arrête là la liste peut être très longue…

Merci beaucoup Pierre d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Je te laisse le mot de la fin !
Et bien merci pour cette interview et l’intérêt que vous portez à mon travail. Continuez à nous faire découvrir de nouveaux talents tous les jours sur votre blog c’est important lâchez pas l’affaire. Respect!!!

SoemOne, le folio en ligne de Pierre Doucin

Interview : “MATTEO DE LONGIS”
Par moon posté le Monday 21 June 2010

Can you tell us who you are? What do you do?

I’m a designer, but not one of those who are busy turning beautiful those useful things, I love to design “useless” things but I want to make them so beautiful as to render them almost necessary. I am Italian, but artistically speaking I’ve always looked far away, starting from Japan first of all.
But today there’s an artistic globalization, carried forward by my generation of “digital” artists, which allows me to use a visual language with contaminations without bothering too much if I am working on an American project, European or Asian.
I’m an illustrator, maybe one day I will tell stories with sequential images, when I find a way which works best for me.
As designer I love to take care of every aspect, from the images to the graphics of a book, from the toy to the packaging.

How did you get the Mekaneko idea?

The concept was born in a BD episode of Sky-doll Spaceship Collection drawn by me, I created a typical kawaii mascot for the main character. Afterwards, when Barbara Canepa created her art-pop label Venusdea, we thought it was interesting to take back that concept and give him a life of his own. So, I imagined it would be a perfect design-toy. Mekaneko is not a toy with an end it itself, it’s more similar to a Japanese character from an anime, in the booklet coming with him you can see various illustrations which represent him as the “ultimate cool gadget” for young guys or rock bands, Mekaneko is imaginary but still very “plausible” and concrete.

Can you explain the working process for a toy like that? (from the rough to the series bulk version)

I have some experience in the production, from the design to the object, and so also in this case I wanted to take care and follow the details in the design of my toy.
Mekaneko’s outline is so minimal, and so very well defined, that I made very detailed drawings. I didn’t need a sculptor who could interpret an idea, but a perfect executor.
In addition to the classical “front, back, side, top” sketches, I also made some ones to explain the shapes through lateral sectioning of the pieces, the sculptor (a Chinese guy) did his job well, but there’s always some correction to be done, when I get the first “clay prototype” the best thing is to draw the changes directly on the pictures.
I can easily say that there is no problem in working on these kind of projects with intercontinental distances.
When I received then the resin prototype it was almost perfect, and most of all it was really moving to touch at last something that was just an idea or a drawing not long before.
The realization of the packaging was a bit more complex, I wanted something really cool, which showed the toy through the transparency, and that was worthily part of the concept. I know people who bought Mekaneko and keeps it in a showcase at home still in its box…
I personally designed the box, providing to the factory directly the file for the printing, but only when I received the prototype I realized that my theotical idea really worked!

Another pretty tricky part was to design the stickers, it wasn’t easy because I couldn’t verify everything straight away, I would’ve slowed down and made more complicated the production by asking constant verifications and shipments on the Hong-Kong – French – Italian axis. So I made do by printing the stickers on sticky paper and testing them at the best of my skills.

How do you proceed for the customization of your Mekaneko? (I think of the one which is half a robot)

Surely for me it’s necessary to work on colours but also on the shape.
I don’t see Mekaneko as a simple “canvas toy” like Qee, Munny etc… For me it’s the small figure of a robot cat which “exists”; moves, does something, has a reason to exist! In the case of my custom, I referred to the “anatomical” scheme I drew in the booklet, imagining a prototype of the robot-cat, in which probably trials are being made…
I worked a month to finish this custom, the robotic half is in part modelled (milliput) and in part built with plasticard pieces and option-parts for Japanese modeling.
The option parts are really useful pieces of every kind, from verniers to rivets, joints and articulations in pvc, tubes… they’re sold in Japan to make scratch-build or to modify models, Gundam for the most part.
But the basic rule to do pieces like this is: every small object or plastic piece which could seem as useless rubbish to anyone else, can be useful and precious to my eyes.
For the colouring I worked as a real otaku-plamodeller, airbrush, drybrush, oil washing, and a final touch of “custom decals and stickers” designed ad hoc.

Anything to add? Dates or places you wish to announce?

First of all, the important meeting at the Japan Expo 2010 in Paris (from 1 to 4 July) me and many Mekanekos will be sitting at the Artoyz stand, with customs, news, and suprises… I wish I will meet many people!

Linked to this event there’s the creative contest hosted on the Café Salé webpage at this link :
http://forum.cfsl.net/viewtopic.php?f=41&t=61948

I invite you to follow my personal blog in any case :
http://www.kamenstudio.com/

In addition I want to point out the page in which you can see beautiful Mekaneko customs for the expo organized by the Artoyz gallery some months ago:
http://www.kamenstudio.com/wordpress/?p=454

and the blog of the Venusdea label :
http://venusdea.blogspot.com/

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Thank you Matteo !

Interview : “SKWAK”
Par akam posté le Thursday 25 February 2010

Voici ci dessous l’interview de SKWAK publiée dans le magazine Advanced Creation.

Figure de la création Française incontournable depuis plusieurs années et solicité un peu partout dans le monde, Skwak s’est prêté au jeu des questions réponses avec simplicité, sans artifice et en allant à l’essentiel. Découvrez l’univers souvent déjanté de ce talentueux créateur prolifique.

THOMAS GAYET > Parle nous un peu de toi et de ton parcours, universitaire ou autodidacte ?
SKWAK > Skwak, j’habite Lille et je suis illustrateur. J’ai un parcours universitaire ( DESS Art et Com) mais je me considère plus comme autodidacte en ce qui concerne l’illustration.

TG > Pour quelles raisons as tu décidé de te lancer dans la création et à quel moment ?
SKWAK > Je pense que je n’y ai jamais vraiment réfléchi, le dessin a toujours était naturel pour moi. C’est dans ce domaine que je m’épanouis le mieux, que j’arrive le mieux à m’exprimer. Je travaille comme indépendant depuis 5 ans maintenant (avant je bossais en agence).

TG > Lorsque tu commences une nouvelle création, quelle est l’approche que tu privilégies ?
SKWAK > Cela dépend si c’est une création perso où une commande d’un client. Pour une perso , j’écris beaucoup pour développer l’histoire que je veux raconter, ça peut me prendre 1 ou 2 semaines avant de me lancer véritablement dans la création pur , le temps d’avoir une ligne directrice et presque tous les personnages principaux de l’histoire. En ce qui concerne les commande clients, ça dépend du degrés de liberté qu’on me laisse. c’est un processus assez classique comme tous les illustrateurs (brief, proposition, correction, validation).

TG > Tu bosses dans une agence ? En free ? Dans un collectif ? Pourquoi ?
SKWAK > En indépendant (sans agent). Pour le moment c’est une façon de travailler qui me convient totalement. Je bosse très régulièrement aussi comme illustrateur pour une agence aux États Unis (Jess3) mais pas en tant que skwak (de l’illustration plus classique)..

TG > Quels sont tes projets pour les mois qui arrivent ?
SKWAK > Pas mal de trucs :
- J’ai 4 teeshirts chez Cookies ‘n’ cream qui devraient sortir dans très peu de temps et 1 teeshirt avec Owlmovement.
- Je prépare une expo collective chez Addict gallery.
- Je vais sortir 2 nouvelles sérigraphies.
- Une montre chez Vannen.
- Une nouvelle illustration pour livre sur les jeux vidéo.
- Une série de Mini maniac (qui prend un peu de retard..)
- Un Dunny 8 inch chez kidrobot et depuis quelques jours j’ai collaborer avec Tribbes pour sortir une housse pour iPhone.
- Et bien sûr d’autres projets secrets. Skwak et Jess3……

TG > Si tu n’avais pas travaillé dans le milieu de la création, qu’est ceque tu aurais fait ?
SKWAK > La psychiatrie sans doute.

TG > A quoi ressemble une journée de «SKWAK» ?
SKWAK > Classiquement je passe ma matinée a bosser pour l’agence aux État unis ou répondre à tous mes emails (les interview en retard ) et l’après midi je la consacre plutôt à mes créations persos. Tout ça en fonction de mon inspiration. Ensuite quand tout ça est fini ou quand j’en ai vraiment assez je vis ma vie de famille avec ma femme et mon fils.

TG > Quels artistes t’inspirent le plus ? ou à défaut ou puisses tu ton inspiration pour réaliser de nouvelle créations ?
SKWAK > Je ne m’inspire pas vraiment d’artiste, parfois j’ouvre quelques livres (Jérôme Bosch ou Keith Haring) pas vraiment pour m’inspirer mais pour me relancer quand j’ai le syndrome de la page blanche. Ces deux artistes me donne vraiment envie de bosser. Mon inspiration je la puise un peu partout. Je ne la cherche pas forcement, ça me tombe dessus, un article dans un journal,dans un magazine, une photo sur internet ou une vidéo . Je note l’idée et quelques semaines après je vois si elle me convient toujours, je me l’approprie je la transforme et avec toutes ces idées je crée des histoire dans le “maniac world” en essayant d’avoir un discours cohérent dans le fond et sur la forme !

TG > Quel regard portes tu sur ton travail et sur la création au sens large ?
SKWAK > Si j’avais assez de recul pour avoir un regard clair sur mon travail je pense que j’aurai passé une étape crucial. Je suis toujours entrain de chercher de nouvelles idées sans trahir mon style. D’évoluer. En ce qui concerne la création je suis comme toi je regarde autour de moi ce que les autres font. Je suis un spectateur, pas vraiment un critique.

TG > Quels sont les morceaux de musique que tu écoutes en ce moment ?
SKWAK > En ce moment même j’écoute Wave Machines et Atlas Sound.

TG > Quels «conseils» donnerais tu à des artistes qui démarrent ou qui voudrait suivre cette voie ?
SKWAK > Je ne suis pas vraiment légitime pour donner des conseils. La seul chose que je pourrais dire c’est: “Bon courage !”

Interview : “ÉRIC COLLET”
Par Joolz posté le Friday 29 January 2010

“Éric Collet”

Éric Collet est un graphiste qui a déjà souvent fait parler de lui sur Artskills.
Instinctif et pertinent dans le propos, il produit depuis déjà 6 ans de belles images et génère des communications visuelles qui se démarquent des modes et des tendances.
Il soigne la typographie et aborde le design graphique comme il se doit, une solution personnelle à une problématique donnée.

À l’occasion d’une mise à jour de son site et beaucoup de nouveaux travaux à découvrir, Artskills vous propose une interview du bonhomme. Nous avons abordé avec Éric son parcours, sa vision du travail de graphiste, ses méthodes et ses projets.
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Salut Éric, peux tu te présenter brièvement ?
Salut ! Je suis designer graphique indépendant à côté de Rennes, en Bretagne. Ma spécialité est la conception de communications culturelles. À côté de mon activité de créateur visuel, je suis également musicien.

Quelle formation as-tu ? Comment as tu mis un pied dans l’illustration, la typographie et le design graphique ?
J’ai d’abord passé un bac. STI arts appliqués, à Tréguier (22). C’est là que j’ai commencé à découvrir ce qu’étaient l’art et le design. Ensuite, je suis parti en BTS communication visuelle à Marseille. Vu que j’étais déjà allergique aux cours à 17 ans, l’idée de suivre des études supérieures professionnalisantes en seulement 2 ans me convenait bien. Et même si j’étais très critique vis-à-vis de l’enseignement, je dois avouer que c’est en BTS que j’ai développé ma passion pour le graphisme, et plus particulièrement pour la typographie. Je me souviens notamment de ma découverte des travaux de Neville Brody et de David Carson lors d’une sortie au mois du graphisme d’Echirolles… Examens en poche, j’ai ensuite intégré LMX, une maison d’édition marseillaise développant des projets d’art contemporain traitant de problématiques liées au monde urbain. J’y étais designer responsable de projets éditoriaux et des nouvelles technologies. C’était un poste très intéressant, enrichissant. J’en profite d’ailleurs pour saluer Laurent Malone, artiste photographe et fondateur de LMX. J’y suis resté un an, après quoi, fort de cette expérience, je suis parti à Rennes pour me lancer en freelance.

“Éric Collet”

Tu travailles en tant que free-lance depuis maintenant 6 ans, comment fais-tu pour trouver du travail ? Peux-tu nous faire un bref retour sur ces années ?
Tout est allé très vite. Mon tout premier travail en indépendant a été un succès. Et tout a découlé de cela… C’est l’effet boule de neige !
J’avais conçu et réalisé l’identité visuelle et le site web de l’Epicerie, un petit lieu culturel pluridisciplinaire marseillais. Assisté par un programmeur, le site que j’avais développé était entièrement en flash dynamique. Il s’agissait d’un bandeau/logo de plusieurs mètres de long autour duquel l’internaute se baladait pour passer d’une rubrique à une autre. À ma grande surprise, le portail Créabook communiqua sur ce site au sein de sa newsletter. Ce qui me rapporta de nombreux contacts et un client avec lequel je travaille toujours. Mais le plus étonnant fût lorsque la directrice de la communication du Merlan me téléphona. L’équipe à la direction de la scène nationale marseillaise avait remarqué mon travail pour l’Epicerie. C’est ainsi que le Merlan me commanda sa nouvelle identité visuelle et me confia la conception graphique de tous ses supports de communication. Cette identité rose, bien qu’ayant été remaniée par d’autres designers depuis, couvre d’ailleurs toujours les murs de la cité phocéenne aujourd’hui.
Un commanditaire en appelant un autre, mon portfolio s’est donc très rapidement rempli de références qui m’ont aidé à me faire connaître dans divers réseaux. J’ai donc eu la grande chance de ne jamais avoir à démarcher activement pour trouver du travail. Mine de rien, une scène nationale, ça aide !

D’où vient ton inspiration ? Pourrais-tu nous décrire ton processus de création « type », si tu en as un ?
Je fonctionne énormément par visions. Ce sont des sortes de pré-visualisations de projets finalisés. Je n’arrive d’ailleurs jamais à atteindre la perfection de ces images, qui sont presque de l’ordre du génial au moment où je les imagine. C’est frustrant ! C’est comme si je n’avais qu’un vague souvenir de ce que j’ai moi-même créé…
Généralement, ce n’est pas lorsque je planche sur un projet que j’ai une idée, mais quand je n’y pense plus. La notion de recul est donc très importante dans mon travail. Je n’ai jamais de bonnes idées devant mon écran. Certains avancent par tâtonnements. Moi j’en suis incapable. Mes projets sont toujours finis avant même que je ne commence à les réaliser.
Je tire mon inspiration de tout ce qui m’entoure. De choses souvent insignifiantes pour d’autres. Les revues de graphisme, par exemple, ne m’inspirent pas forcément. J’ai l’impression que la seule façon de faire du design graphique intéressant consiste à ne pas vouloir faire du graphisme. Le simple rapport texte/image m’ennuie… J’aime quand le texte n’en est pas, quand l’image n’en est plus une. C’est pourquoi je m’inspire peu du graphisme, mais plutôt des autres champs d’expérimentation artistique. Comme si j’avais besoin d’éléments rapportés pour nourrir mes créations, ou besoin de créer des passerelles, d’effacer les frontières entre les domaines de création. Du coup, j’ai appris à me poser des cadres très strictes afin de mieux pouvoir partir dans tous les sens, tout en canalisant mon élan créatif. Je pense qu’il faut savoir transgresser les règles et prendre des risques pour sortir du conventionnel.
Si j’avais un processus de création type à décrire, je dirais qu’à partir de 2 ou 3 mots-clés synthétisant les idées les plus fortes d’un cahier des charges, je vais piocher des références dans tous les domaines de création pour ensuite les confronter les unes aux autres, afin de faire sens et de provoquer ma créativité.

Quel est pour toi le travail idéal, le client idéal ?
Le client idéal est pour moi une personne qui me fournit un cahier des charges cohérent et réaliste, qui est en mesure d’être réactive, et qui débloque les moyens (délais + budget) nécessaires au bon déroulement de notre collaboration. Mais toutes ces conditions ne sont que rarement réunies. Heureusement, on peut souvent obtenir beaucoup de choses à force de discussions et en usant d’un peu de pédagogie.
Le travail personnel ne pose pas ces contraintes. Mais le combat avec les clients me manquerait si j’arrêtais de répondre à des commandes !

“Éric Collet”

Quel est le projet dont tu es le plus fier et pourquoi ?
J’apprécie toujours “Happy new war”, parce que je le trouve simple, efficace et intemporel.

Mais tant qu’à parler de fierté, le projet qui a le plus flatté mon ego est la couverture du hors-série 2006 d’Idpure.
Lorsque j’ai reçu l’appel à projet pour le concours de création de couverture du magazine suisse qui avait pour thème quelque chose du genre “points de vue sur le graphisme”, j’ai tout de suite eu envie de témoigner de mon positionnement en tant que créateur. Un-peu comme si j’avais répondu à cette interview en une seule phrase. Cinq minutes plus tard, je numérisais mon slogan “L’art ne sert à rien, regardez plutôt la télé” écrit au marqueur noir sur une feuille blanche, et je l’envoyais à Idpure.
Après avoir examiné plus de 250 projets, dont des illustrations très léchées, c’est mon propos qui a retenu leur attention. Justement parce qu’il s’agissait d’une réelle prise de position. Un-peu gêné par le côté brut de l’écriture au marqueur noir, le magazine m’a même envoyé plusieurs propositions de couleurs afin de rendre mon travail plus “graphique”…
Morale de l’histoire : dans “propositions”, il y a “propos”. Et je fais en sorte de ne pas l’oublier.

“Éric Collet”

C’est très pertinent. Justement, comment abordes-tu alors la relation du designer graphique avec son commanditaire ? Imposes-tu tes idées ou restes-tu souple ? Vas-tu jusque au clash pour imposer une idée ou au contraire fais-tu partie de ceux qui mettent de l’eau dans leur vin ?
Au fur et à mesure, j’ai appris à me protéger en cadrant les relations de travail et en étant pédagogue avec les commanditaires. Pour commencer, je ne propose rien tant que nous n’avons pas validé ensemble le cahier des charges. Ensuite, viennent les premières recherches sous forme de pré-maquettes. À ce moment-là, le client doit en choisir une. Si rien ne lui plaît, il est libre de m’en commander d’autres. Je n’impose rien. Par contre, mes créations ne doivent pas être remodelées à tort et à travers. De légères modifications sont bien sûr possibles, à partir du moment où elles ne nuisent pas au concept ou à l’efficacité de la proposition. Je refuse également de mixer 2 propositions différentes. Trop d’idées tue l’idée ! Aussi, chaque avancée du projet est officiellement validée, pour éviter les retours en arrière imprévus.
Il m’est déjà arrivé d’aller jusqu’au clash. Concrètement, cela arrive lorsque le commanditaire finit par se prendre pour un directeur artistique et en vient, par la même occasion, à me confondre avec un exécutant. Dans ce cas, je lui fais remarquer qu’il s’est trompé de prestataire et que, sauf changement de positionnement de sa part, il vaut mieux en rester là.

Veux-tu bien nous dire un mot sur le PDF que l’on trouve sur ton site, celui à l’attention des graphistes et commanditaires ?
En un mot, il s’agit d’un document informatif édité par l’AFD (Alliance Française des Designers) qui explique en quoi les appels d’offres non rémunérés affectent le marché du graphisme. Me battant pour la revalorisation de la profession de designer graphique en France, j’ai choisi de le diffuser. Je vous invite donc à le télécharger pour le lire.
Mon projet “Low-price works kill designers”, que vous avez présenté sur Artskills, traite également de ce sujet.

“Éric Collet”

Quel est ton outil de création privilégié ?
Mon cerveau !

;-)
Le métier de graphiste se déroule dans un monde de plus en plus dématérialisé. Tu travailles seul, quid de la relation humaine ? Quelle est son importance dans ton travail ?

Les relations humaines tiennent une place très importante dans mon travail. J’ai beau travailler seul, je suis sans cesse en train de discuter avec mes collaborateurs. Nous vivons certes dans un monde dématérialisé, mais les avancées technologiques, bien que nous éloignant, permettent également de combler la grande distance qui nous sépare parfois. Après, il y a des pièges dans lesquels ils ne faut pas tomber. Les e-mails et le chat, par exemple, bien qu’améliorant grandement nos conditions de travail, forment une sorte de royaume du quiproquo. C’est pourquoi il me semble nécessaire de faire des points téléphoniques réguliers, pour caler les choses. Par contre, rien ne m’oblige à rencontrer mes collaborateurs pour être efficace. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré certains clients, et nous continuons à travailler ensemble.

As-tu l’angoisse de la page blanche ? Et si oui, comment gères-tu ?
Non. Par contre, j’ai l’angoisse du choix !
“Ça c’est pas mal… Ça ça fonctionne bien aussi… Et celui-là : il est efficace ! … Et celui-là ? Aaaaahhhhh !!! Mais il faut que je n’en envoie que 2 !”
C’est horrible…

Tu viens d’un univers assez rock (tu es breton, c’est presque un pléonasme, remarque ! ;) NLDR). La musique, c’est important pour être designer graphique ?
De nombreux designers graphique sont également musiciens. Ce n’est effectivement pas un hasard. Tout est lié.
Pour faire la différence, les groupes étendent leur projet artistique à d’autres domaines de création que la musique. La musique est – et sera – donc de plus en plus visuelle. C’est ainsi que des univers complets se créent. On tend de plus en plus vers la notion de design global, d’oeuvres pluridisciplinaire. On peut dire aujourd’hui d’une image qu’elle est rock. C’est bien la preuve que la musique ne s’arrête pas au son.
Il est donc évidemment plus simple de travailler avec une scène des musiques actuelles ou un festival lorsque l’on est au quotidien bercé dans cet univers, lorsque l’on a les mêmes références. On peut ainsi facilement jouer avec les codes communs à toute une sphère de personnes, qui ne sont autre que le public que l’on cherche à toucher. Les échanges en sont tout de suite simplifiés, et nous allons droit au but.
D’ailleurs, je n’ai pas cherché à me spécialiser dans le graphisme musical. Cela s’est fait tout seul. J’ai été démasqué !

“Éric Collet”

Tu multiplies les projets divers, dans des domaines très variés : tout d’abord, peux-tu nous dire un mot sur ta collaboration graphique avec Stéphane Bucco (dont nous avons parlé ici) ?
Stéphane et moi nous envoyions des e-mails de temps à autre. La plupart du temps, nous nous faisions des fleurs à chaque fois que nous redécouvrions le portfolio de l’autre. Jusqu’au jour où nous nous sommes tout simplement dis qu’on pourrait essayer de travailler ensemble. Je suis donc allé le voir à Grasse (près de Cannes). On a fait plus ample connaissance, échangé 2-3 idées et décidé du nom “stéphane bucco VS éric collet”. De retour au studio, je nous ai dessiné un petit logo, et c’était parti ! Quelques semaines après, on concevait la communication de MaMA – the international professional event, organisé par le Printemps de Bourges.
Par contre, étant donné que nous sommes très occupés tous les deux, nous n’avons pas réellement eu le temps de développer notre association ni de travailler sur de nombreux projets ensemble.
le portfolio de Stéphane : www.sockho.com

“Éric Collet”

Ensuite, tu lances ton projet musical solo, Mess Zero…
Oui. Je me suis bien éclaté dans les groupes dans lesquels j’ai joué, mais j’avais cette envie de jouer mes propres compos depuis longtemps. Même si j’étais libre de participer à l’élaboration des morceaux dans ces formations, je restais toujours frustré par le principe du consensus. J’avais l’impression de passer à côté de mes propres idées. Du coup, j’ai fais le grand saut ! Ou du moins, je suis en train de le faire.
L’avant-projet de Mess Zero est en ligne sur www.messzero.com . Il s’agit de pré-maquettes que j’ai réalisé afin de poser l’esprit du groupe. L’univers est plutôt apocalyptique. Les répétitions sont en train de commencer. Alors, comme le dit le myspace : wait and see what happens!
Et j’ai hâte de travailler sur les visuels du groupe !

Tu t’attaques au stylisme, avec l’intelligent projet de la Sock-tie.
Je m’y attaque très doucement… Intelligent ? Je ne sais pas…
J’ai surtout décidé – il y a un an, que les idées que je trouvais bonnes ne devaient pas se cantonner à traîner dans un coin de ma tête ou sur un bout de papier. C’est pourquoi j’ai mis du coeur à l’ouvrage pour présenter cette création. Les retours sont positifs, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de démarcher suffisamment pour développer le projet. J’ai reçu des propositions, mais rien de bien sérieux. J’en profite pour lancer un appel (qui sait ?) : je suis à la recherche d’un(e) couturier(e) intéressé(e) par le projet !
J’ai également l’idée d’une collection entière de prêt à porter. Mais à l’allure où j’avance, ce sera pour 2050…

“Éric Collet”

En plus de tout ça, tu animes des workshops et tu enseignes la créativité dans une école supérieure de graphisme en 2009. Veux-tu nous expliquer ça ? La créativité, ça s’enseigne ?
Le cours s’intitulait effectivement le cours de “créativité”, mais je n’ai pas eu la prétention d’apprendre aux étudiants à créer. Cela aurait d’ailleurs été impossible. Disons que ce cours consistait à regarder le graphisme d’un autre oeil. Je posais des problématiques obligeant les étudiants à reconsidérer leurs acquis, leurs fondamentaux. En 6 mois d’atelier ils se sont donc retrouvés à se poser des questions sur le rôle du designer graphique dans la société, à communiquer par le vide, à prendre en photo leur création dans son contexte d’affichage pour témoigner de son impact, à inventer de nouveaux supports de marketing alternatif, etc. Je les ai également poussé à créer des passerelles entre les domaines, en s’inspirant de la musique, de la mode, en jouant avec les codes propres à chaque disciplines. C’était vraiment intéressant. Mais j’ai dû arrêter, faute de temps.

Cette année, je vais plutôt essayer d’animer quelques workshops dans les écoles supérieures de graphisme.

As-tu d’autres projets à venir ?
Oui, mais rien d’encore très précis pour l’instant. Et puis il faut d’abord que je m’occupe des projets en cours. Je ne souhaite pas me disperser.

Une dernière question, quels sont tes héros et pourquoi ?
Ceux qui ont lu cette interview jusqu’au bout !
Parce que ce sont des gens bien !

Éric, merci beaucoup d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Je te laisse le mot de la fin !Mes projets personnels s’articulent toujours autour d’une pensée, d’une phrase.
SHUT UP AND SHOUT! est mon expression du moment.

Et merci à Artskills !

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Éric Collet : www.ericcollet.com

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