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A PROPOS DE L'AUTEUR
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Directeur artistique du Studio Immaculate il a su développer un style créatif alliant finesse et précision pour une expérience toujours plus immersive. Il nous fera partager son expérience et son oeil incisif.
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DERNIER INTERVIEW
ARTICLE AU HASARD
moebius141
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MOEBIUS-TRANSE-FORME
Lundi 18 octobre 2010 - par ek333

Artskills a été convié par Marie-Hélène de chez Hopscotch, au vernissage de l’exposition MOEBIUS-TRANSE-FORME à la Fondation Cartier pour l’art contemporain suivi d’une rencontre avec Jean Giraud/Mœbius.

Tout commence par une visite guidée commentée par la commissaire d’exposition Leanne Sacramone. Leanne nous guide à travers une spirale d’œuvres qui se décline en 6 grandes zones.

• Le 1er espace décline les autoportraits de Mœbius: mise en scène de l’auteur, caricatures introspectives souvent teintées d’humour, que l’on retrouvera, entre autre, dans la série “Inside Mœbius”.
• Le 2ème espace est dédié à Blueberry: L’évolution du personnage est y flagrante. Les plus fidèles lecteurs pourront retrouver une des première planches, accompagnée du revolver ayant inspiré Gir.

• Le 3eme nous transporte dans l’univers d’Arzach. Sont ici présentés plusieurs planches où l’esthétique est directement lié aux techniques d’encrage (écoline, …). C’est d’ailleurs à travers Arzach (parfois nommé Harzach, Arzak) que le public découvre le nom de Mœbius.

• Le 4eme espace nous fait découvrir le “Major Grubert” et le monde qu’il a créé “Le Garage hermétique”. A noter la présentation d’un carnet inédit du Major, bloqué dans un bunker du Désert B et répondant aux questions métaphysiques de ses visiteurs.
• L’incal et son héros John Difool, détective notoire, occupe le 5eme espace. Cette collaboration entre Mœbius et Alexandre Jodorowsky a donné naissance à une œuvre qui a révolutionnée la SF en bd, en partie grâce au style appliqué pour “palier” des cadences infernales.
• Le dernier espace nous propose d’entrer dans “Le monde d’Edena” à travers les aventures de “Stel et Atan”. Le style se veut beaucoup plus travaillé (c’est d’ailleurs de cette série dont est tirée “La planète Encore”).

Ce parcours, ponctué de nombreuses anecdotes et interprétations sonores du monde de Mœbius, nous amène naturellement à découvrir la projection de “La planète Encore”, diffusée en exclusivité à La Fondation Cartier.

Ce court en 3D de 8min dans lequel Stel et Atan débarquent sur une planète déserte à la recherche d’un mystérieux signal, se conclue par une explosion organique, où se mêle la transe et la métamorphose. La poésie qui s’en dégage ne fait que renforcer le désir de voir enfin s’animer l’incroyable monde de Mœbius.
Produit par AngeleFine et Mœbius production avec le soutien de BUF Compagnie, cette animation serait d’ailleurs le teaser d’un long métrage, affaire à suivre !

La visite continue au sous-sol. A travers une multitude de toiles, de croquis, d’extraits, voir de carnets complets. Cet espace est celui de la transformation, de la métamorphose et des métaprocessus.

L’exemple le plus frappant est l’une des premières manifestations de la métamorphose chez Mœbius, une longue série de dessins baptisée “éclosion” datant de 1975 où tous les éléments de la transformation surprenante, trame de sa création, sont présents.

L’un des murs du sous-sol est totalement recouvert par d’immenses reproductions de planches en n&b exposées au centre,

répondant ainsi à la fresque du mur opposé, créé par une succession de toiles où le désert est invariablement présent (la méditation dans le désert, au même titre que le rêve, la transe, l’absorption de substances, … étant un des métaprocessus chers à Mœbius).

De nombreuses toiles sont à découvrir notamment les études pour le 5ème élément ou encore Abyss.

Le carnet original de “40 days dans le désert B” est juxtaposé à un autre carnet, inédit celui-ci, nommé “La faune de mars”, carnet de voyage et délire chimérique qui devrait être prochainement édité.

Il est aussi possible de visionner le film “METAMOEBIUS” réalisé par Damian Pettigrew, proto-documentaire dans lequel Jean Giraud/Mœbius se met en scène.

Le final de ce voyage protéiforme se conclut avec une rencontre inoubliable, Jean Giraud/Mœbius en personne !

Installé au dernier étage de la Fondation Cartier, il s’est prêté au jeu d’une interview/conversation avec plusieurs bloggueurs, dont voici la retranscription :

L’exposition prend le terme centrale de la transformation, quand on lit Gibson par exemple, où la transformation, la métamorphose ultime est l’évolution vers la machine, si vous aviez la possibilité de télécharger votre conscience sur l’ordinateur pour lui donner une existence éternelle, comme cela se fait dans le Neuromancien, le feriez-vous?

Je pense que la permutation vers la machine est fatale mais ce n’est qu’une phase, moi je vois beaucoup plus loin, je vois plutôt, comment-dire, une sorte de boucle, de mise en boucle, si on passe l’épreuve parce que l’alliance machine est létale. C’est le risque absolu avec en plus une sorte de dégradation, une pollution de la réalité.
Je pense que la seule voie de sortie valable par rapport à ça est une sorte de sublimation, de téléportation de la pensée chamanique dans un univers cyberpunk. Une sorte d’alliance, de retour et de fusion totale entre la pensée artificielle, sophistiquée et les principes du système nature mais revisité dans sa complexité réelle pas dans un espèce de folklore, … disons de surface.On a tendance a trop à voir la nature voir comme une fable, parce que les systèmes de perception frontaux sont insuffisants, incapables de mesurer la complexité la profondeur, presque quantique du phénomène de la vie, de la persistance des formes, de la génération de formes nouvelles dans un ordre “supportable”. Car il n’est pas question de chaos mais d’un ordre même si c’est un ordre incompréhensible, c’est un ordre quand même je pense … mais l’évolution implosive vers la machine la mutation génétique peut déboucher vers quelque chose de presque … babacool, d’une “babacoolitude” superlative (sourire) …
C’est ce que je crois en tout cas c’est la vision que j’ai eu, l’intuition que j’ai eu et malheureusement je n’ai pas eu la puissance créatrice de le mettre en œuvre. Quand j’avais commencé la série de Stel et Atan au jardin d’Edena, c’était mon projet, c’était un projet absolument grandiose, avec 300 volumes etc (rires) et puis la remise en boucle de toute une évolution, du concept de réalité, du rêve, de la création du monde, disons par l’artifice mais en opposition avec une création du monde bio … bio et équitable (rires)

Dans votre œuvre il y a une notion d’altérité où l’on se transforme pour aller à la rencontre de l’autre et mieux le comprendre …

Ce n’est pas entièrement ça car je ne suis pas aussi gentil que ça, d’autant plus que la plupart des trucs sur lesquels je travaille sont intuitifs, peu soumis à l’idéologie ni a un désir forcené d’être un bon garçon même si j’ai des phases, si j’ai été branché par moment par une espèce d’extase utopique. Je me laisse aller a toutes sortes d’intuitions et de penchants parfois coupables et quand c’est fini je fais le tri en essayant de voir où ça mène et … heu … c’était quoi la question (rires) ?

L’altérité

Oui l’altérité … Chez moi les transformations sont plutôt comme des incidents, des paniques sur la capacité que l’on a gardé une forme cohérente. Le fait que cela soit traduit par des transformations physiques est la façon la plus pratique de faire une métaphore sur la notion de raison, de rationalité, d’intelligence et de lucidité …

ah excusez-moi (Intermède téléphonique)
“[...] je suis avec une bandes de bloggeurs, tu verrais, ils me regardent avec une férocité insoutenable” (rires)

… Alors, oui, la forme et la modification de la forme, je la montre comme une panique, comme une agression, comme quelque chose qui n’est jamais voulu qui amène la perturbation … la peur … généralement c’est stressant, ce n’est pas quelque chose d’harmonieux et qui est vu comme amenant à une issue constructive.
Je ne suis pas du tout dans la perception traditionnelle de la métamorphose, comme dans Œdipe, où la métamorphose est toujours vu comme une sorte de mise en forme de la transformation générale de la vie, qui nous amène d’un age à un autre, d’une pensée à une autre. Je pense que cela correspond, d’une façon métaphorique, à la difficulté actuelle où l’on est, depuis l’avènement de la modernité, à définir la santé, la santé mentale par rapport à la création et aussi la fascination pour le lien qu’il peut y avoir entre instabilité mentale et créativité, entre art et conformité, transgression et beauté …
je pense que c’est des choses qui parcourt comme un fil rouge tout l’art contemporain et la personne qui a touché le plus fort cet aspect des choses est Dubuffet quand il a fait le manifeste sur l’art brut. C’est vraiment un pavé dans la mare puisque cela introduit l’idée que le dérèglement mentale peut coïncider avec le génie … disons créatif, c’est très troublant.
Je crois que beaucoup d’artistes contemporains miment la folie, que ce soit dans le domaine de l’art plastique, de la musique, même de la variété. Les postures de pseudo-démences sont fréquemment utilisées.
Je n’ai pas échappé à la chose puisque pour pouvoir transgresser les systèmes intégrés en moi, à mon insu par l’éducation, l’imitation etc … pour briser les serrures, les conditionnements j’ai été obligé … enfin je n’ai pas été obligé … si, j’ai été obligé d’aller à la rencontre d’aides avec des psychotropes, la première fois avec des champignons, puis de nombreuses années avec le canabis même si c’était d’une façon la plus technique possible et la moins auto-destructive. Pour ma génération en tout cas, les systèmes verrouillés étaient trop puissants pour être contournés pacifiquement ou briser sans violence.

Justement, le fait d’avoir arrêté ces substances a t-il profondément modifié votre approche de la création ?

Non pas du tout. Au fond le travail était fait, c’était … bon je reconnais qu’il y avait beaucoup de complaisances distractives à la fin. Sous couvert d’expériences ou de travail, c’était devenu un peu n’importe quoi. Pendant longtemps ce qui a été intéressant était de trouver la quantité de stimuli qui était bonne pour faire quelque chose et pas entaché de … disons ce qui détourne de la créativité, comment jouir de la sensation.
Au fond avec l’herbe on transforme en œuvre d’art le fait de s’arracher un poil du nez, il y a quelque chose qui ne va pas ou n’importe quoi d’autre, un morceau de pain devient comparable à un diner chez Troisgros (rires), les sensations sont amplifiés et les moments quel qu’ils soient prennent une valeur. Il y a peu une destruction d’une hiérarchie nécessaire dans la constitution de la beauté.

Vous aviez réussi à retrouver la même inspiration ?

Bien sur. on fait souvent référence à Carlos Castaneda, comme une espèce d’escroc qui pousse aux drogues mais ce n’est pas vrai. Des le 2eme bouquin, l’enseignement c’est le sevrage absolu, le travail est uniquement dans le mental et le rêve du cycle … la mise en place de … d’une sortie du corps … dans un espace qui n’est pas mystique, entaché de légende et superstition mais très sec, très conceptuel qui est vraiment très intéressant à un niveau d’hyperrationnalité de la conscience, d’analyse de la conscience.



Qu’est-ce qu’un heros pour vous en 2010 ?

hum je ne sais pas … Quand je regarde Blueberry, je n’ai pas l’impression qu’il se perfectionne mais c’est vrai qu’il a un destin. C’est un des premiers personnages de BD qui s’est mis a vieillir … J’ai même essayé de le montrer dans son comportement. Blueberry n’est pas un personnage facile, il est dans un monde de clichés.
Au fond ce qui me plait c’est plutôt de prendre des archétypes nouveaux et vierge. Par exemple le Major est intéressant car il n’est pas psychologique. C’est un modèle de comportement extrêmement passif, il se contente de errer d’endroit en endroit, ce qui fait l’évènement est ce qu’il voit, les lieux qu’il traverse … j’aime bien faire ça.
Avec Arzach c’est un peu pareil. Ceux sont des vecteurs qui permettent de bouger dans des espaces virtuels, traverser des situations en gardant beaucoup de disponibilités au dérapage, à l’inspiration, à la fantaisie, au caprice même, de façon à ne pas être prisonnier d’une intrigue, d’une cohérence.
Par contre, avec l’album que je vient de publier, je le ramène au bercail et le replonge dans un univers de causalité, rigoureux: que fait-il ? pourquoi ? ou je vais ? (rires) C’est assez marrant de faire ce renversement spectaculaire car ça fait aussi parti du travail d’un artiste sur le long court, d’offrir aux lecteurs une trajectoire qui soit un spectacle en soit.
Puisque au fond ce que j’ai inauguré avec Mœbius, c’est l’arrivé d’un nouveau héros qui est, non pas le personnage dessiné, mais le personnage qui dessine. C’est pour ça que je me suis souvent dessiné, c’est une sorte de signal que j’envoyais aux lecteurs mais aussi à moi-même pour dire attention, le véritable aventurier c’est l’artiste (rires). Mais pour moi c’est un signe de modernité, ce n’est pas l’expression d’un égo malade …

Merci pour tout.

L’exposition se déroule du 12 octobre 2010 au 13 mars 2011.
La fondation Cartier a lancé un blog où vous pouvez retrouver un dessin original chaque jour.

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Commentaire : * :

Super article, super événement, on vous le recommande vivement !

akam a écrit le 18 octobre 2010

Bon sang ça devait être juste énormissime !

Merci pour l’article qui nous fait partager ça, parce que Jean Giraud c’est quand même la grosse grosse classe!
Vivement le prochain déplacement sur la capitale.

Bande de veinard ;)

jokolo a écrit le 18 octobre 2010

Hyper bien ek !
Merci !

moon a écrit le 18 octobre 2010

Un blog sans RSS – dommage, je voulais voir un dessin par jour mais sans RSS cela sera dur (ou cela veut dire que mon cerveau devra me le rappeler tous les jours). Fail = Cartier !

Excellent sinon !!

TheBigBoss a écrit le 19 octobre 2010

merci !
(petite précision :
“un morceau de pain devient comparable à un diner chez 3 gros” >> “Troisgros” plutôt ; il parle du fameux restaurant des frères Troisgros à Roanne ;)

jm a écrit le 19 octobre 2010

Bon après ce super article, je vais vraiment être obligé de faire un tour sur paris pour ne pas rater ça. :)
Merci pour les photos, et l’interview.

glorb a écrit le 19 octobre 2010

Super article Christophe, merci de nous avoir représenté (je me doute que ça n’a pas du être facile, un dimanche en plus ^^).

Ça à l’air énorme (JEAN GIRAUD quoi !) ;)

Le METAMOEBIUS, entre autre, ça tente.

Joolz a écrit le 19 octobre 2010

L’interview est très bien menée et j’ai aimé lire cette réflexion.

dimitri a écrit le 19 octobre 2010

Beau reportage ! Belle représentation de la team ;-)

Ally a écrit le 19 octobre 2010

;)
N’hésitez pas, foncez voir l’expo ! Prenez le temps de vous pencher sur chaque coup de Rotring™, chaque touche de couleur …

Merci JM, j’avais oublié de corriger

ek333 a écrit le 19 octobre 2010

super article merci

joe a écrit le 20 octobre 2010

Bravo, pour cet article sa donne envie de monter à Paris.

stop a écrit le 21 octobre 2010

Je me suis permise de mettre un lien vers votre article sur mon post de blog à propos de Moebius-Transe-Forme : http://expotempo.wordpress.com/2010/11/30/moebius-transe-forme/

Bonne continuation !

ExpoTempo a écrit le 30 novembre 2010

genial!!!!!

toux a écrit le 30 décembre 2010

Intéressant, merci, mais pitié faites-vous corriger! Vos écrits sont remplis de fautes d’orthographe énormes pour certaines.

goldenfred a écrit le 17 février 2012

it’s invisible!)

Oleksandr a écrit le 1 mars 2012

[...] source [...]

R.I.P Moebius | Trauma Center a écrit le 14 mars 2012

[...] de son expo à la Fondation Cartier il y a quelques mois, n’hésitez pas à redécouvrir son interview ici. RIP.       Suivre @Artskillsblog    Tweeter » Article [...]

Artskills » Blog Archive » Moebius a écrit le 14 mars 2012

really creative…I like them…

Anjali Muggulla a écrit le 19 décembre 2013

It was really out of box thinking….I like them a lot…:-)

Anjali Muggulla a écrit le 19 décembre 2013

It was really out of box thinking…I like them a lot…:-)

Anjali Muggulla a écrit le 19 décembre 2013