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A PROPOS DE L'AUTEUR
Joolz
Illustrateur et graphiste qui réalise des images graphiques, incisives, nerveuses et de grande qualité que vous pouvez découvrir sur son site portfolio. Généreux et passionné, ce blogueur actif, nous proposera des liens dont l'univers n'était pas encore représenté sur Artskills.
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DERNIER INTERVIEW
ARTICLE AU HASARD
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Interview : “ÉRIC COLLET”
Vendredi 29 janvier 2010 - par Joolz

“Éric Collet”

Éric Collet est un graphiste qui a déjà souvent fait parler de lui sur Artskills.
Instinctif et pertinent dans le propos, il produit depuis déjà 6 ans de belles images et génère des communications visuelles qui se démarquent des modes et des tendances.
Il soigne la typographie et aborde le design graphique comme il se doit, une solution personnelle à une problématique donnée.

À l’occasion d’une mise à jour de son site et beaucoup de nouveaux travaux à découvrir, Artskills vous propose une interview du bonhomme. Nous avons abordé avec Éric son parcours, sa vision du travail de graphiste, ses méthodes et ses projets.
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Salut Éric, peux tu te présenter brièvement ?
Salut ! Je suis designer graphique indépendant à côté de Rennes, en Bretagne. Ma spécialité est la conception de communications culturelles. À côté de mon activité de créateur visuel, je suis également musicien.

Quelle formation as-tu ? Comment as tu mis un pied dans l’illustration, la typographie et le design graphique ?
J’ai d’abord passé un bac. STI arts appliqués, à Tréguier (22). C’est là que j’ai commencé à découvrir ce qu’étaient l’art et le design. Ensuite, je suis parti en BTS communication visuelle à Marseille. Vu que j’étais déjà allergique aux cours à 17 ans, l’idée de suivre des études supérieures professionnalisantes en seulement 2 ans me convenait bien. Et même si j’étais très critique vis-à-vis de l’enseignement, je dois avouer que c’est en BTS que j’ai développé ma passion pour le graphisme, et plus particulièrement pour la typographie. Je me souviens notamment de ma découverte des travaux de Neville Brody et de David Carson lors d’une sortie au mois du graphisme d’Echirolles… Examens en poche, j’ai ensuite intégré LMX, une maison d’édition marseillaise développant des projets d’art contemporain traitant de problématiques liées au monde urbain. J’y étais designer responsable de projets éditoriaux et des nouvelles technologies. C’était un poste très intéressant, enrichissant. J’en profite d’ailleurs pour saluer Laurent Malone, artiste photographe et fondateur de LMX. J’y suis resté un an, après quoi, fort de cette expérience, je suis parti à Rennes pour me lancer en freelance.

“Éric Collet”

Tu travailles en tant que free-lance depuis maintenant 6 ans, comment fais-tu pour trouver du travail ? Peux-tu nous faire un bref retour sur ces années ?
Tout est allé très vite. Mon tout premier travail en indépendant a été un succès. Et tout a découlé de cela… C’est l’effet boule de neige !
J’avais conçu et réalisé l’identité visuelle et le site web de l’Epicerie, un petit lieu culturel pluridisciplinaire marseillais. Assisté par un programmeur, le site que j’avais développé était entièrement en flash dynamique. Il s’agissait d’un bandeau/logo de plusieurs mètres de long autour duquel l’internaute se baladait pour passer d’une rubrique à une autre. À ma grande surprise, le portail Créabook communiqua sur ce site au sein de sa newsletter. Ce qui me rapporta de nombreux contacts et un client avec lequel je travaille toujours. Mais le plus étonnant fût lorsque la directrice de la communication du Merlan me téléphona. L’équipe à la direction de la scène nationale marseillaise avait remarqué mon travail pour l’Epicerie. C’est ainsi que le Merlan me commanda sa nouvelle identité visuelle et me confia la conception graphique de tous ses supports de communication. Cette identité rose, bien qu’ayant été remaniée par d’autres designers depuis, couvre d’ailleurs toujours les murs de la cité phocéenne aujourd’hui.
Un commanditaire en appelant un autre, mon portfolio s’est donc très rapidement rempli de références qui m’ont aidé à me faire connaître dans divers réseaux. J’ai donc eu la grande chance de ne jamais avoir à démarcher activement pour trouver du travail. Mine de rien, une scène nationale, ça aide !

D’où vient ton inspiration ? Pourrais-tu nous décrire ton processus de création « type », si tu en as un ?
Je fonctionne énormément par visions. Ce sont des sortes de pré-visualisations de projets finalisés. Je n’arrive d’ailleurs jamais à atteindre la perfection de ces images, qui sont presque de l’ordre du génial au moment où je les imagine. C’est frustrant ! C’est comme si je n’avais qu’un vague souvenir de ce que j’ai moi-même créé…
Généralement, ce n’est pas lorsque je planche sur un projet que j’ai une idée, mais quand je n’y pense plus. La notion de recul est donc très importante dans mon travail. Je n’ai jamais de bonnes idées devant mon écran. Certains avancent par tâtonnements. Moi j’en suis incapable. Mes projets sont toujours finis avant même que je ne commence à les réaliser.
Je tire mon inspiration de tout ce qui m’entoure. De choses souvent insignifiantes pour d’autres. Les revues de graphisme, par exemple, ne m’inspirent pas forcément. J’ai l’impression que la seule façon de faire du design graphique intéressant consiste à ne pas vouloir faire du graphisme. Le simple rapport texte/image m’ennuie… J’aime quand le texte n’en est pas, quand l’image n’en est plus une. C’est pourquoi je m’inspire peu du graphisme, mais plutôt des autres champs d’expérimentation artistique. Comme si j’avais besoin d’éléments rapportés pour nourrir mes créations, ou besoin de créer des passerelles, d’effacer les frontières entre les domaines de création. Du coup, j’ai appris à me poser des cadres très strictes afin de mieux pouvoir partir dans tous les sens, tout en canalisant mon élan créatif. Je pense qu’il faut savoir transgresser les règles et prendre des risques pour sortir du conventionnel.
Si j’avais un processus de création type à décrire, je dirais qu’à partir de 2 ou 3 mots-clés synthétisant les idées les plus fortes d’un cahier des charges, je vais piocher des références dans tous les domaines de création pour ensuite les confronter les unes aux autres, afin de faire sens et de provoquer ma créativité.

Quel est pour toi le travail idéal, le client idéal ?
Le client idéal est pour moi une personne qui me fournit un cahier des charges cohérent et réaliste, qui est en mesure d’être réactive, et qui débloque les moyens (délais + budget) nécessaires au bon déroulement de notre collaboration. Mais toutes ces conditions ne sont que rarement réunies. Heureusement, on peut souvent obtenir beaucoup de choses à force de discussions et en usant d’un peu de pédagogie.
Le travail personnel ne pose pas ces contraintes. Mais le combat avec les clients me manquerait si j’arrêtais de répondre à des commandes !

“Éric Collet”

Quel est le projet dont tu es le plus fier et pourquoi ?
J’apprécie toujours “Happy new war”, parce que je le trouve simple, efficace et intemporel.

Mais tant qu’à parler de fierté, le projet qui a le plus flatté mon ego est la couverture du hors-série 2006 d’Idpure.
Lorsque j’ai reçu l’appel à projet pour le concours de création de couverture du magazine suisse qui avait pour thème quelque chose du genre “points de vue sur le graphisme”, j’ai tout de suite eu envie de témoigner de mon positionnement en tant que créateur. Un-peu comme si j’avais répondu à cette interview en une seule phrase. Cinq minutes plus tard, je numérisais mon slogan “L’art ne sert à rien, regardez plutôt la télé” écrit au marqueur noir sur une feuille blanche, et je l’envoyais à Idpure.
Après avoir examiné plus de 250 projets, dont des illustrations très léchées, c’est mon propos qui a retenu leur attention. Justement parce qu’il s’agissait d’une réelle prise de position. Un-peu gêné par le côté brut de l’écriture au marqueur noir, le magazine m’a même envoyé plusieurs propositions de couleurs afin de rendre mon travail plus “graphique”…
Morale de l’histoire : dans “propositions”, il y a “propos”. Et je fais en sorte de ne pas l’oublier.

“Éric Collet”

C’est très pertinent. Justement, comment abordes-tu alors la relation du designer graphique avec son commanditaire ? Imposes-tu tes idées ou restes-tu souple ? Vas-tu jusque au clash pour imposer une idée ou au contraire fais-tu partie de ceux qui mettent de l’eau dans leur vin ?
Au fur et à mesure, j’ai appris à me protéger en cadrant les relations de travail et en étant pédagogue avec les commanditaires. Pour commencer, je ne propose rien tant que nous n’avons pas validé ensemble le cahier des charges. Ensuite, viennent les premières recherches sous forme de pré-maquettes. À ce moment-là, le client doit en choisir une. Si rien ne lui plaît, il est libre de m’en commander d’autres. Je n’impose rien. Par contre, mes créations ne doivent pas être remodelées à tort et à travers. De légères modifications sont bien sûr possibles, à partir du moment où elles ne nuisent pas au concept ou à l’efficacité de la proposition. Je refuse également de mixer 2 propositions différentes. Trop d’idées tue l’idée ! Aussi, chaque avancée du projet est officiellement validée, pour éviter les retours en arrière imprévus.
Il m’est déjà arrivé d’aller jusqu’au clash. Concrètement, cela arrive lorsque le commanditaire finit par se prendre pour un directeur artistique et en vient, par la même occasion, à me confondre avec un exécutant. Dans ce cas, je lui fais remarquer qu’il s’est trompé de prestataire et que, sauf changement de positionnement de sa part, il vaut mieux en rester là.

Veux-tu bien nous dire un mot sur le PDF que l’on trouve sur ton site, celui à l’attention des graphistes et commanditaires ?
En un mot, il s’agit d’un document informatif édité par l’AFD (Alliance Française des Designers) qui explique en quoi les appels d’offres non rémunérés affectent le marché du graphisme. Me battant pour la revalorisation de la profession de designer graphique en France, j’ai choisi de le diffuser. Je vous invite donc à le télécharger pour le lire.
Mon projet “Low-price works kill designers”, que vous avez présenté sur Artskills, traite également de ce sujet.

“Éric Collet”

Quel est ton outil de création privilégié ?
Mon cerveau !

;-)
Le métier de graphiste se déroule dans un monde de plus en plus dématérialisé. Tu travailles seul, quid de la relation humaine ? Quelle est son importance dans ton travail ?

Les relations humaines tiennent une place très importante dans mon travail. J’ai beau travailler seul, je suis sans cesse en train de discuter avec mes collaborateurs. Nous vivons certes dans un monde dématérialisé, mais les avancées technologiques, bien que nous éloignant, permettent également de combler la grande distance qui nous sépare parfois. Après, il y a des pièges dans lesquels ils ne faut pas tomber. Les e-mails et le chat, par exemple, bien qu’améliorant grandement nos conditions de travail, forment une sorte de royaume du quiproquo. C’est pourquoi il me semble nécessaire de faire des points téléphoniques réguliers, pour caler les choses. Par contre, rien ne m’oblige à rencontrer mes collaborateurs pour être efficace. Je n’ai d’ailleurs jamais rencontré certains clients, et nous continuons à travailler ensemble.

As-tu l’angoisse de la page blanche ? Et si oui, comment gères-tu ?
Non. Par contre, j’ai l’angoisse du choix !
“Ça c’est pas mal… Ça ça fonctionne bien aussi… Et celui-là : il est efficace ! … Et celui-là ? Aaaaahhhhh !!! Mais il faut que je n’en envoie que 2 !”
C’est horrible…

Tu viens d’un univers assez rock (tu es breton, c’est presque un pléonasme, remarque ! ;) NLDR). La musique, c’est important pour être designer graphique ?
De nombreux designers graphique sont également musiciens. Ce n’est effectivement pas un hasard. Tout est lié.
Pour faire la différence, les groupes étendent leur projet artistique à d’autres domaines de création que la musique. La musique est – et sera – donc de plus en plus visuelle. C’est ainsi que des univers complets se créent. On tend de plus en plus vers la notion de design global, d’oeuvres pluridisciplinaire. On peut dire aujourd’hui d’une image qu’elle est rock. C’est bien la preuve que la musique ne s’arrête pas au son.
Il est donc évidemment plus simple de travailler avec une scène des musiques actuelles ou un festival lorsque l’on est au quotidien bercé dans cet univers, lorsque l’on a les mêmes références. On peut ainsi facilement jouer avec les codes communs à toute une sphère de personnes, qui ne sont autre que le public que l’on cherche à toucher. Les échanges en sont tout de suite simplifiés, et nous allons droit au but.
D’ailleurs, je n’ai pas cherché à me spécialiser dans le graphisme musical. Cela s’est fait tout seul. J’ai été démasqué !

“Éric Collet”

Tu multiplies les projets divers, dans des domaines très variés : tout d’abord, peux-tu nous dire un mot sur ta collaboration graphique avec Stéphane Bucco (dont nous avons parlé ici) ?
Stéphane et moi nous envoyions des e-mails de temps à autre. La plupart du temps, nous nous faisions des fleurs à chaque fois que nous redécouvrions le portfolio de l’autre. Jusqu’au jour où nous nous sommes tout simplement dis qu’on pourrait essayer de travailler ensemble. Je suis donc allé le voir à Grasse (près de Cannes). On a fait plus ample connaissance, échangé 2-3 idées et décidé du nom “stéphane bucco VS éric collet”. De retour au studio, je nous ai dessiné un petit logo, et c’était parti ! Quelques semaines après, on concevait la communication de MaMA – the international professional event, organisé par le Printemps de Bourges.
Par contre, étant donné que nous sommes très occupés tous les deux, nous n’avons pas réellement eu le temps de développer notre association ni de travailler sur de nombreux projets ensemble.
le portfolio de Stéphane : www.sockho.com

“Éric Collet”

Ensuite, tu lances ton projet musical solo, Mess Zero…
Oui. Je me suis bien éclaté dans les groupes dans lesquels j’ai joué, mais j’avais cette envie de jouer mes propres compos depuis longtemps. Même si j’étais libre de participer à l’élaboration des morceaux dans ces formations, je restais toujours frustré par le principe du consensus. J’avais l’impression de passer à côté de mes propres idées. Du coup, j’ai fais le grand saut ! Ou du moins, je suis en train de le faire.
L’avant-projet de Mess Zero est en ligne sur www.messzero.com . Il s’agit de pré-maquettes que j’ai réalisé afin de poser l’esprit du groupe. L’univers est plutôt apocalyptique. Les répétitions sont en train de commencer. Alors, comme le dit le myspace : wait and see what happens!
Et j’ai hâte de travailler sur les visuels du groupe !

Tu t’attaques au stylisme, avec l’intelligent projet de la Sock-tie.
Je m’y attaque très doucement… Intelligent ? Je ne sais pas…
J’ai surtout décidé – il y a un an, que les idées que je trouvais bonnes ne devaient pas se cantonner à traîner dans un coin de ma tête ou sur un bout de papier. C’est pourquoi j’ai mis du coeur à l’ouvrage pour présenter cette création. Les retours sont positifs, mais je n’ai malheureusement pas eu le temps de démarcher suffisamment pour développer le projet. J’ai reçu des propositions, mais rien de bien sérieux. J’en profite pour lancer un appel (qui sait ?) : je suis à la recherche d’un(e) couturier(e) intéressé(e) par le projet !
J’ai également l’idée d’une collection entière de prêt à porter. Mais à l’allure où j’avance, ce sera pour 2050…

“Éric Collet”

En plus de tout ça, tu animes des workshops et tu enseignes la créativité dans une école supérieure de graphisme en 2009. Veux-tu nous expliquer ça ? La créativité, ça s’enseigne ?
Le cours s’intitulait effectivement le cours de “créativité”, mais je n’ai pas eu la prétention d’apprendre aux étudiants à créer. Cela aurait d’ailleurs été impossible. Disons que ce cours consistait à regarder le graphisme d’un autre oeil. Je posais des problématiques obligeant les étudiants à reconsidérer leurs acquis, leurs fondamentaux. En 6 mois d’atelier ils se sont donc retrouvés à se poser des questions sur le rôle du designer graphique dans la société, à communiquer par le vide, à prendre en photo leur création dans son contexte d’affichage pour témoigner de son impact, à inventer de nouveaux supports de marketing alternatif, etc. Je les ai également poussé à créer des passerelles entre les domaines, en s’inspirant de la musique, de la mode, en jouant avec les codes propres à chaque disciplines. C’était vraiment intéressant. Mais j’ai dû arrêter, faute de temps.

Cette année, je vais plutôt essayer d’animer quelques workshops dans les écoles supérieures de graphisme.

As-tu d’autres projets à venir ?
Oui, mais rien d’encore très précis pour l’instant. Et puis il faut d’abord que je m’occupe des projets en cours. Je ne souhaite pas me disperser.

Une dernière question, quels sont tes héros et pourquoi ?
Ceux qui ont lu cette interview jusqu’au bout !
Parce que ce sont des gens bien !

Éric, merci beaucoup d’avoir bien voulu répondre à nos questions. Je te laisse le mot de la fin !Mes projets personnels s’articulent toujours autour d’une pensée, d’une phrase.
SHUT UP AND SHOUT! est mon expression du moment.

Et merci à Artskills !

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Éric Collet : www.ericcollet.com

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Commentaire : * :

Excellent graphisme… sponsorisé un peu “trop” par “Helvetica” à mon goût… mais bon la fonte est superbement exploitée!

Bravo et merci!

Apou a écrit le 2 février 2010

qui se démarque des modes et des tendances ? c’est une blague non ? hé les gars, on voit ce genre de graphisme partout depuis 20 ans.

Benzo a écrit le 3 février 2010

Merci pour ton avis éclairé et argumenté “Benzo”.

Apou, si tu arrives à te renouveler avec une seule fonte, c’est que tu es très créatif non ? :)
Merci pour ton commentaire.

joolz a écrit le 3 février 2010